Fonds Fiduciaire pour la Conservation de la Biodiversité du Sénégal : Dakar s’inspire de l’expérience bissau-guinéenne
Après le lancement officiel, le 7 juillet 2026 à Dakar, du processus de création du Fonds Fiduciaire pour la Conservation de la Biodiversité du Sénégal (FFCB-SN), le Sénégal franchit une nouvelle étape avec le démarrage de l’étude de faisabilité. Cette étape permettra d’analyser le cadre politique, juridique, institutionnel et financier de la gestion des aires protégées et d’identifier leurs besoins de financement à court, moyen et long terme.
Sous l’égide du Ministère de l’Environnement et de la Transition Écologique (METE) et du ministère de la Finance, avec l’appui technique de Wetlands International Afrique – Côte Occidentale et Golfe de Guinée (WIACO) et de l’Agence Française de Développement (AFD), le processus ambitionne la création d’un outil de financement durable de la biodiversité.

Une première immersion en Guinée-Bissau
Pour nourrir la réflexion, une délégation sénégalaise composée de la direction des parcs nationaux (DPN), de la direction des aires marines communautaires protégées (DAMCP) a effectué une visite de d’échange en Guinée-Bissau du 29 juillet au 1er août 2026 auprès de la Fondation BioGuiné (FBG), un des premiers fonds fiduciaire de conservation de la sous-région, opérationnel depuis une quinzaine d’années. Cette immersion a permis à la délégation sénégalaise de mieux comprendre les mécanismes de gouvernance, de mobilisation des ressources et de gestion d’un fonds fiduciaire dédié à la conservation.
L’expérience de BioGuiné apporte notamment plusieurs enseignements majeurs : d’abord la réussite d’un fonds fiduciaire ne repose pas uniquement sur un cadre juridique solide ou sur un conseil d’administration efficace. Elle dépend également de la capacité du mécanisme à assurer une gestion opérationnelle performante, une mobilisation continue des ressources, un suivi-évaluation rigoureux ainsi qu’une bonne gestion des risques et des sauvegardes environnementales et sociales.
La gouvernance du fonds repose ainsi sur plusieurs niveaux complémentaires, allant de l’Assemblée générale au Conseil d’administration, en passant par des comités techniques, un cercle des donateurs et un secrétariat exécutif.

Des échanges avec les ministères bissau-guinéens
Les rencontres avec les autorités guinéennes étaient un volet central de la mission.
Avec le ministre de l’Environnement, Monsieur Carlos Pinto Pereira, les échanges ont notamment permis de comprendre les relations institutionnelles entre les pouvoirs publics et la Fondation BioGuiné. La mission a mis en évidence l’importance de la facilitation administrative, de la rapidité des procédures et de l’accompagnement politique dans la mobilisation des ressources et la mise en œuvre des activités de conservation. Le rôle du ministre dans la facilitation des négociations, des accords et de la mobilisation des ressources aux niveaux régional et international apparaît ainsi comme un véritable levier d’efficacité.
La délégation a également rencontré l’Institut pour la biodiversité et les aires protégées (IBAP), institution nationale chargée de la gestion de la biodiversité et des aires protégées en Guinée-Bissau.
Un autre temps fort de la mission a été la rencontre avec le Ministère des Pêches. Les discussions ont permis de mieux comprendre la collaboration entre les secteurs de l’environnement et des pêches, notamment autour des besoins de connaissances scientifiques des écosystèmes marins et côtiers, des protocoles de recherche et du suivi des espèces. Ces échanges ont également mis en évidence la contribution financière déterminante du ministère de la pêche au fonds de dotation de FBG.

Soutien financier remarquable
Cette phase de l’étude de faisabilité bénéficie de l’appui financier de la Fondation Hans Wilsdorf et du projet IKI CREAF – Résilience climatique pour la préservation des zones humides critiques de la voie de migration Est-Atlantique, essentielles aux oiseaux migrateurs et aux communautés en Afrique et en Europe.
Construire un mécanisme adapté aux réalités du Sénégal
La mission à la Fondation BioGuiné a permis d’identifier les bonnes pratiques, les défis et les conditions de réussite d’un fonds fiduciaire qui pourront être adaptés au contexte institutionnel, économique et environnemental du Sénégal.

La principale leçon qui se dégage de cette première étape est claire : un fonds fiduciaire efficace ne repose pas uniquement sur de bons statuts ou une gouvernance formelle. Il doit être conçu dès le départ autour de fonctions opérationnelles solides, d’un système de suivi-évaluation, d’une gestion rigoureuse des risques et des mécanismes transparents de sauvegarde et de redevabilité.
Avec le lancement du processus de création du FFCB-SN à Dakar en juillet, puis cette première mission d’immersion en Guinée-Bissau, le Sénégal entre désormais dans une phase déterminante : celle de la conception du futur Fonds Fiduciaire pour la Conservation de la Biodiversité.
L’enjeu est de taille : faire émerger un mécanisme national capable de mobiliser des ressources diversifiées, prévisibles et durables pour répondre aux besoins croissants de conservation de la biodiversité, des aires protégées et des communautés qui en dépendent.
